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Ashton haute représentante : non, femme n’est pas synonyme d’incompétence
23/11/2009

La nomination de Catherine Ashton en tant que haute représentante pour la politique étrangère de l’UE en a surpris plus d’un. J’entends ici et là ce qu’on entend toujours lorsqu’une femme obtient un poste de haut niveau, qu’elle soit compétente ou pas : « Ashton a été nommée uniquement parce que c’est une femme. Elle n’a pas les compétences nécessaires pour ce poste ». A mon avis, ces deux accusations sont fausses.

Lady Ashton n’a pas été nommée uniquement parce que c’est femme.

Dans une colonne publiée dans le Taurillon, Fabien Cazenave dit que Catherine Ashton a été choisie d’abord parce que c’est une femme et ensuite parce que les Britanniques n’ayant pas réussi à imposer Tony Blair au poste de Président du Conseil européen, on leur aurait donné en “lot de consolation” le poste de haut représentant. Je ne suis pas d’accord avec cette analyse. Ashton a été nommée parce que :

  • premièrement, il était convenu que le poste irait à une personne issue de la famille du PSE ;
  • deuxièmement, il était entendu que le haut représentant aurait plus d’impact sur la scène internationale s’il venait d’un grand pays.

Parmi les quatre plus grands pays européens, seul le Royaume-Uni est gouverné par le centre-gauche. Il était donc logique que le haut représentant vienne de là. David Miliband, le ministre britannique des Affaires étrangères, était un candidat idéal, d’autant plus qu’il est plus jeune que la plupart des politiciens de premier ordre, mais il ne voulait pas du poste. Ensuite, Lady Ashton travaille déjà à Bruxelles en tant que commissaire européenne pour le Commerce. Enfin, oui, effectivement, c’est une femme de sexe féminin. Mais à mon sens, ce dernier aspect n’est pas celui qui a eu le plus d’importance dans sa nomination.

Lady Ashton a toutes les compétences nécessaires pour le poste.

Elle a occupé depuis dix ans de nombreuses fonctions gouvernementales et parlementaires en tant que secrétaire d’Etat, leader de la Chambre des Lords et Lord-présidente du Conseil. En plus de cette expérience nationale, elle est commissaire européenne pour le Commerce depuis un an, position qui implique notamment la négociation d’accords de commerce internationaux au nom de l’UE. Sur la scène nationale, je n’ai jamais vu d’homme nommé ministre se faire critiquer pour son manque d’expérience ou de compétence dans le domaine du portefeuille qu’on lui attribuait. Que cela plaise ou non, force est de constater que les positions de pouvoir ne sont pas attribuées en fonction de critères de compétence mais en fonction de critères politiques. Pourquoi cela serait-il différent pour l’UE ?

Les accusations injustes qui ont été proférées contre Lady Ashton m’ont rappelé une affaire qui m’avait marquée lorsque j’étais encore petite fille : la nomination d’Edith Cresson en tant que Premier ministre français en 1991 (on n’a jamais féminisé l’appellation, étonnamment). Elle a été la première femme -et la seule jusqu’à maintenant- à être nommée à ce poste en France. Sa nomination par Mitterrand avait été considérée comme courageuse –pour ne pas dire osée. Les attaques dont elle a été victime étaient complètement démesurées. Même si je n’étais encore qu’une enfant, j’ai compris que la violence des critiques qui lui étaient faites, était en bonne partie due au fait que c’était une femme. C’était il y a 18 ans. Je n’ai pas l’impression que nous ayons fait beaucoup de progrès depuis quant à l’acceptation des femmes à des postes de pouvoir. Alors, de grâce, donnez à Lady Ashton une chance. Laissez-la montrer de quoi elle est capable. Vous pourriez bien être surpris(es).

MISE A JOUR : Fabien Cazenave a répondu à cet article. Il trouve que je l’ai accusé injustement de machisme. Ce n’était pas mon intention, puisque je le mets dans la première catégorie, celle des gens qui disent qu’Ahton a été choisie d’abord parce que c’est une femme. Mais il est vrai que le titre de mon article engendre un certain amalgame. Je m’en excuse donc. La réponse de Fabien est à lire ici.

Woman @ EU top : il est temps d’entrer dans le 21ème siècle !
2/11/2009

Depuis que j’ai publié l’article « L’un des trois leaders de l’UE doit être une femme » début octobre, j’ai eu le plaisir de constater que l’idée d’avoir une femme à l’un des postes dirigeants de l’UE a fait du chemin, dans les médias traditionnels comme dans les médias sociaux, tant parmi les femmes que les hommes.

Adoptez le Twibbon rose !

Adoptez le Twibbon rose !

La semaine dernière, la twitteuse linotherhino lançait une campagne sur Twitter pour la nomination d’une femme à l’un des postes-clefs de l’UE. Le concept est simple et efficace : il suffit d’ajouter à votre photo de profil un bandeau rose contenant l’inscription « Woman @ EU top » (vous pouvez le faire ici). Ça s’appelle un Twibbon et ça fait fureur ! En l’espace d’une journée, ma page Twitter est devenue toute rose. J’ai été agréablement surprise de voir que de nombreux hommes n’ont pas hésité à adopter le Twibbon rose, tout comme certains députés européens. Alors rejoignez la campagne Woman @ EU top !

Il y a quelques mois, le Lobby européen des femmes a dit qu’il était difficilement acceptable au 21ème siècle de ne pas considérer le genre comme un des critères  dans les nominations de haut niveau, alors que d ‘autres sont utilisés, comme la nationalité, l’affiliation politique ou même la taille du pays. C’est exactement ce qu’il se passe en ce moment dans le processus de sélection des postes dirigeants de l’UE. Margot Wallström, la vice-présidente de la Commission européenne, qui a été à l’avant-garde de la campagne pour la nomination d’une femme à l’un des postes dirigeants de l’UE, a dit récemment que le président du Conseil européen devrait être une femme. Commentant le fait que la plupart des noms mentionnés pour ce poste sont des noms d’hommes, elle a dit que « d’un point de vue démocratique, cela réduit les 52,9% de femmes à une minorité… et je ne pense pas que ce soit acceptable dans l’Union européenne de 2009 » C’est une bonne chose qu’une femme à un tel niveau de responsabilité réagisse à cette injustice. Cependant, comme Julien Frisch me l’a dit sur Twitter « Les femmes n’ont pas besoin de plus de femmes pour les soutenir. Elles ont besoin de plus d’hommes ». C’est pourquoi j’ai été touchée par les mots de Jerzy Buzek, le président du Parlement européen -détenteur du quatrième poste le plus important de l’UE- lorsqu’il a dit « Je préférerais que nous trouvions une femme présidente parce que nous avons besoin de parité ». Selon European Voice, le Polonais aurait dit qu’après avoir nommé une personne d’un pays d’Europe centrale et orientale à la tête d’une institution européenne, nous devrions aller plus loin en ayant une femme présidente du Conseil.

Où en sommes-nous par rapport à la liste de femmes potentiellement candidates que j’ai présentée dans mon dernier article à ce sujet? Angela Merkel a été réélue chancelière allemande donc son nom est écarté. Bien que le nom de Mary Robinson ait été porté par un incroyable soutien populaire des internautes, elle a dit qu’elle ne souhaitait pas occuper le poste de président du Conseil. Le nom de Tarja Halonen, présidente finlandaise sociale-démocrate, est de plus en plus mis en avant pour le poste de président du Conseil, ainsi que celui d’Ursula Plassnik, ancienne ministre autrichienne des affaires étrangères, chrétienne-démocrate, pour le poste de Haut représentant pour les affaires étrangères et la sécurité. Entre temps, de nouveaux noms de femmes ont émergé dans le débat public. Pour le poste de président du Conseil : Vaira Vike-Freiberga, ancienne présidente lettone, indépendante, pour qui un nouveau groupe Facebook vient d’être créé. Il est difficile de mettre d’autres noms de femmes en avant dans la mesure où ce poste est censé revenir à un ancien chef d’Etat ou de gouvernement et que très peu de femmes européennes ont accédé à ce niveau de responsabilité. Pour le poste de Haut représentant, plus de noms de femmes sont évoqués puisque l’expérience nécessaire est celle de ministre des affaires étrangères ou des affaires européennes, poste que plus de femmes ont occupé. Deux nouveaux noms de candidates sont entrés dans le débat : Elisabeth Guigou, ancienne ministre française des affaires européennes, centre-gauche, et Dora Bakoyannis, ancienne ministre grecque des affaires étrangères, centre-droit.

En tant que socialiste, mon premier instinct est évidemment de soutenir Tarja Halonen et Elisabeth Guigou. Mais les choses sont « un peu » plus compliquées que cela. Deux-tiers des chefs de gouvernement siégeant au Conseil européen sont de droite. Alors pourquoi donc les socialistes voudraient-ils l’un des leurs à la tête du Conseil européen ? À mon sens, ce serait un véritable suicide politique pour notre famille. C’est la raison pour laquelle les socialistes européens essayent d’obtenir le poste de Haut représentant. La socialiste française Elisabeth Guigou est une candidate exceptionnelle pour ce poste. Cependant, elle devrait être nommée par les Français. Dans la mesure où le gouvernement français est à droite, il y a très peu de chance qu’une socialiste soit nommée en tant que membre française de la Commission européenne.

En somme, au point où nous en sommes dans le processus de sélection, si une femme obtient l’un des deux postes dirigeants de l’UE qui restent à pourvoir, ce sera celui de président du Conseil, et ce sera Vaira Vike-Freiberga qui l’obtiendra. Les paris sont ouverts. N’hésitez-pas, comme d’habitude, à commenter et à suggérer d’autres noms de femmes pour ces postes !

L’un des trois leaders de l’UE doit être une femme
8/10/2009

Bien que le traité de Lisbonne ne soit pas encore tout à fait ratifié, les médias ont déjà beaucoup spéculé sur la personne qui pourrait occuper l’un des deux postes dirigeants de l’UE aux côtés de celui –déjà pris– de Président de la Commission européenne : le Président du Conseil européen et le Haut représentant pour les affaires étrangères et la sécurité.

Agacées par le fait que la plupart des noms qui sont actuellement discutés par les médias sont des noms d’hommes, certaines politiciennes et journalistes européennes ont commencé à réagir: lire iciici et . Dans une interview donnée mardi à TheParliament.com, Margot Wallström, vice-présidente de la Commission européenne s’indigne : “C’est une honte que jusqu’à maintenant aucune femme n’ait été mise en avant en tant que candidate possible. Tout ce dont on entend parler, ce sont des gens comme Tony Blair et d’autres hommes”. Je suis d’accord avec elle. Mais j’irais encore plus loin. C’est plus qu’une honte, c’est une insulte à toutes les femmes.

Alors pourquoi Margot Wallström et de nombreuses autres Européennes sont –elles si agacées par cette situation ? Jetez un coup d’œil à la plus récente photo de famille du Conseil européen que j’ai pu trouver (ci-dessous). Faisons un jeu : Cherchez l’erreur!

Conseil européen de juin - CC Le Conseil de l'Union européenne

Non, il ne s’agit pas du violet éclatant du tailleur d’Angela Merkel (deuxième rang, milieu)… Non, il ne s’agit pas du fait que Tarja Halonen, la présidente finlandaise ne porte pas de tailleur coloré, comme il semble être d’usage parmi les femmes dirigeantes européennes… Cherchez  encore. L’erreur, c’est qu’à part Angela Merkel, Tarja Halonen et Mary McAleese (présidente irlandaise, absente sur la photo),  il n’y avait aucune autre femme chef d’Etat (je ne compte pas les reines) ou de gouvernement dans les 27 Etats membres de l’Union européenne au moment où cette photo a été prise (depuis, Dalia Grybauskaité a été élue présidente de Lituanie). L’erreur sur cette photo, c’est qu’il y a environ 98% de costumes gris/noirs.

Voici une photo prise par un collègue blogueur qui résume plutôt bien la situation:

Parité - CC Fred

Il existe de nombreuses femmes talentueuses, charismatiques et compétentes qui pourraient occuper l’un des deux postes dirigeants de l’UE qui restent à attribuer. Voici une liste des noms féminins que “certains” journalistes ont mentionnés:

  • Angela Merkel, Chancelière allemande, chrétienne-démocrate
  • Tarja Halonen, Présidente finlandaise, sociale-démocrate
  • Margot Wallström, Vice-Présidente de la Commission européenne responsable des relations institutionnelles et de la communication, ancienne ministre suédoise de la culture, des affaires sociales et de la jeunesse, sociale-démocrate
  • Mary Robinson, ancienne Présidente irlandaise, ancienne Commissaire des Nations Unis pour les droits de l’homme, indépendante
  • Ursula Plassnik, ancienne ministre autrichienne des affaires étrangères, chrétienne-démocrate

Ce ne sont que quelques noms. Je suis sûre qu’il y en a bien plus. Des idées ? N’hésitez pas à faire des propositions en commentant cet article !

Et le gagnant est… l’abstention !
28/09/2009

Les chétiens-démocrates allemands et les socialistes portugais sont contents. Ils ont gagné les élections. En effet, en terme de pourcentage de voix, ils se placent largement devant leurs concurrents. Mais je ne peux m’empêcher de penser que le véritable gagnant de ces élections, c’est l’abstention. Et si l’abstention est la grande gagnante, la grande perdante, à l’évidence, c’est la démocratie.

Taux de participation aux élections allemandes de dimanche: 70,8% (source Euronews) soit le plus bas depuis 1949, confirmant une tendance nette au déclin de la participation depuis les années 1970 où celle-ci culiminait à 90%.

Evolution du taux de participation aux élections générales en Allemagne (source: International IDEA)
Evolution du taux de participation aux élections générales en Allemagne (source: International IDEA)

Taux d’abstention aux élections portugaises de dimanche: 40% (source Euronews), “un record absolu pour des élections législatives depuis l’avènement de la démocratie au Portugal en 1974″ rappelle touteleurope.fr.

Evolution de la participation aux élections générales au Portugal (source International IDEA)
Evolution du taux de participation aux élections générales au Portugal (source International IDEA)

Et le drame, c’est ce qu’il ne s’agit pas d’un phénomène propre à l’Allemagne ou au Portugal mais d’une tendance générale en Europe, comme en témoigne le déclin du taux de participation aux élections européennes depuis les années 1970.

Evolution du taux de participation aux élections européennes (source Parlement européen)
Evolution du taux de participation aux élections européennes (source Parlement européen)

La maison brûle. De moins en moins de citoyens utilisent leur droit de vote. La légitimité de nos démocraties est basée sur les élections. Nos démocraties seront-elles encore légitimes lorsque moins de 50% des citoyens voteront ? Attendrons-nous d’en arriver-là pour réagir ? A voir le sourire sur le visage des gagnants des élections de dimanche et des élections européennes de juin dernier, j’en ai bien peur.

Citation de la semaine : Christophe Barbier
21/09/2009

“L’Europe arrive devant une période de révolution nécessaire.”

Christophe Barbier, L’édito vidéo de l’Express

Trouvé sur Twitter grâce à @EurActivFR

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