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Qu’y a-t-il de choquant dans l’élection de Jean Sarkozy à la tête de l’EPAD ?
16/10/2009

La gauche s’indigne, accuse de népotisme, vilipende la jeunesse et l’inexpérience de Jean Sarkozy, dit Jeannot, 23 ans, redoublant sa deuxième année de droit. La droite, gênée, tente de sauver les meubles comme elle peut. Patrick Devedjian, actuel dirigeant de l’EPAD, écarté pour avoir atteint la limite d’âge, sort cette phrase magnifique mais d’un autre temps, d’un temps où la France n’était pas une république, où les destins étaient scellés dès la naissance : « Aux âmes bien nées la valeur n’attend point le nombre des années. » Rire jaune ou humour noir ?

Pendant ce temps-là les internautes se marrent, sans doute parce qu’au point où on en est, mieux vaut en rire qu’en pleurer. Sur Twitter, les bons mots déferlent sur le thème de « Jean Sarkozy Partout ». Sur Facebook, un groupe est créé « Pour que le petit Jean puisse poursuivre ses études !!! », un autre « Pour que Louis Sarkozy représente la France à l’ONU après son passage en 6ème ». Des jeunes se rendent à l’Elysée faire une demande officielle d’adoption à Nicolas Sarkozy.

La droite riposte ! Isabelle Balkany, la marraine de Jeannot, dit qu’il est le meilleur d’entre eux. Tu parles d’une référence. On « victimise » Jean, gémissent-ils. Il est « abominable » de s’en prendre à ce point à une personne, s’offusquent-ils. Ils parlent même de jalousie. Puis, ils ont opté pour une autre tactique : crédibiliser Jeannot. Jeannot a une grande expérience : deux ans de conseiller général… poste qu’il a eu grâce à qui, d’ailleurs ? Jeannot est quelqu’un de responsable, la preuve : il est déjà marié et père d’un enfant. Jeannot travaille dur, il n’a pas le temps de faire des études, pensez-vous, il a mieux à faire. Son destin l’appelle. Comble de la fumisterie, Jeannot est interviewé à la télé : il se présente le cheveu plus court, moins blond et avec des lunettes carrées. Depuis quand Jeannot a-t-il besoin de lunettes ? Pour le reste, copie conforme du père : les mêmes tics tant rhétoriques que physiques. Flippant. Au même moment, son père présente le projet de réforme des lycées et ose dire que la création du lycée par Napoléon 1er “est un geste qui signifiait, très concrètement, la fin des privilèges de la naissance”. Il ajoute même : “Cela voulait dire: ‘désormais ce qui compte en France pour réussir ce n’est plus d’être “bien né”, c’est d’avoir travaillé dur et d’avoir fait la preuve, par ses études de sa valeur'”. On nage en plein surréalisme.

Mais au milieu de la controverse, ce qui m’a le plus frappée, c’est un article passé inaperçu dans Le Monde, l’interview du jeune David, diplômé d’une école de commerce, et qui s’intitule : « J’ai fait 14 mois de stage et 6 mois d’essai avant d’être licencié ». David représente sa génération. La génération précaire. Une génération à qui on a dit « fais des études, tu réussiras mon fils » et qui se retrouve, au grand désarroi de ses parents, dans la galère, passant de stage en stage, de CDD en CDD, d’exploitation en exploitation. Ce qui choque dans l’affaire Jean Sarkozy, c’est qu’elle montre à quel point on nous a menti. On nous a fait croire qu’en travaillant dur, on réussirait, alors qu’en réalité ce qui compte, ce ne sont pas les diplômes mais d’être « bien né ». Nous croyons vivre en république, nous vivons toujours en monarchie. La Sarkozie est l’incarnation de cette imposture. C’est cela qui choque, en réalité, la France d’en-bas.

Allez, parce qu’on va quand même pas se laisser abattre, je vous conseille de regarder ce petit chef d’oeuvre d’humour et de poésie qui explique fort bien ce qu’est la vie en Sarkozie :

Article également publié sur AgoraVox.fr

Le meilleur du web : QCM sur la rénovation du PS
2/09/2009

Je vous invite à répondre au QCM sur la rénovation du PS du blog La rénovitude. Cumul des mandats, primaires et parité: quelle est votre opinion? Edifiant.

Vous trouverez le QCM ici. Mention spéciale au nouveau bandeau du blog!
Ré-enchantement socialiste à l’université d’été de La Rochelle
2/09/2009

Sur le chemin du retour de Barcelone, je me suis arrêtée dans la jolie ville côtière de La Rochelle où se tenait l’université d’été du Parti socialiste. Beau temps et bonne humeur, l’ambiance était optimiste. Les journalistes l’ont senti eux aussi puisque pour la première fois depuis bien longtemps, ils ont écrit des articles sur le PS à tonalité positive. A quoi est dû ce revirement soudain ? Ont-ils senti l’enthousiasme des militants ? Ont-ils été séduits par les réformes annoncées par Martine Aubry ? Ont-ils simplement enfin pris conscience de la trop forte négativité dans leur manière d’aborder le PS ces dernières années ? Car non, il n’y a pas au PS que des batailles internes. Non, le PS n’est pas mort. Le PS est un parti de militants. Un parti bel et bien vivant, fort de la motivation et du dévouement de ses milliers de militants qui donnent sans relâche et bénévolement de leur temps car ils refusent la fatalité et font un jour le choix de prendre leur destin en main. Je suis régulièrement interloquée lorsque je constate la différence entre la vie du parti telle que je la vois en interne, et la manière dont il est présenté dans les média. Je me sens trahie, usurpée. Je suis heureuse qu’il y ait enfin des signes de changement.

Ce weekend à La Rochelle, l’enthousiasme des militants m’a réchauffé le cœur. Parmi les réformes annoncées par Martine Aubry dans son discours d’ouverture, deux en particulier ont provoqué des applaudissements à tout rompre, des bravos et des houras : la fin du cumul des mandats et l’organisation de primaires à l’américaine pour désigner le candidat de la gauche à l’élection présidentielle de 2012. A ces deux réformes radicales, s’est ajoutée l’annonce de la mise en ligne à l’automne d’un nouveau réseau social pour les militants et sympathisants du PS. Ce Facebook socialiste, s’appellera la Coopol, abréviation de Coopérative politique. Ces trois propositions-phares m’enchantent car elles vont toutes dans la direction d’une plus grande ouverture du Parti socialiste.

Ouverture à la diversité de la société grâce au non-cumul des mandats. Le Parti socialiste a besoin pour se renouveler de promouvoir des femmes, des jeunes, des personnes d’origine étrangère, des personnes de tous milieux et tous parcours. Pas seulement par obligation de mieux refléter la diversité de la société française, mais aussi parce que de la diversité naît la créativité.

Ouverture à nos partis frères à gauche et à la participation de nos sympathisants à la vie du parti grâce aux primaires présidentielles. Je suis convaincue qu’il est nécessaire que la gauche se rassemble. Nous sommes portés par les mêmes valeurs. Ce qui nous différencie est notre vision de la méthode à suivre pour atteindre notre idéal commun. La primaire donnera également l’opportunité aux sympathisants de gauche de devenir acteur de notre campagne, et suscitera à coup sûr des vocations.

Ouverture à de nouveaux modes de militantisme grâce à la Coopol. Cet outil permettra aux militants partageant des intérêts communs de se retrouver et d’agir ensemble malgré la distance géographique. L’ouverture de l’outil aux sympathisants permettra également de montrer que notre parti est un lieu de débats et un laboratoire d’innovation politique.

L’ouverture est un concept de gauche, tout comme la démocratie participative et la transparence. Il était temps que nous le réaffirmions.

L’affaire Balkany et ce qu’elle révèle sur la société française
1/07/2009

Ok, il s’agit d’un thème a priori franco-français qui n’a que peu à voir avec l’objectif de ce blog mais je suis tombée l’autre jour sur le commentaire d’un article sur un autre blog que le mien, qui m’a particulièrement touché par la beauté de son écriture et la justesse de son analyse. Il s’agit d’un témoignage sur l’évolution de la ville de Levallois sous le règne Balkany. Patrick Balkany est un homme politique français, fondateur du feu RPR/aujourd’hui UMP, qui est surtout connu pour avoir été condamné pour usage de fonds publics à des fins personnelles. Le reste se trouve dans le commentaire ci-dessous:

“Balkany est un escroc notoire qui profite de l’argent public pour magouiller et mener un train de vie que Marie-Antoinette envierait. Le paysage de Levallois a radicalement changé en l’espace de 30 ans… Les immeubles ont sauté par centaines au début du règne Balkany, laissant place à des bureaux, des immeubles et des complexes municipaux tout beaux en apparence (mais qui se dégradent à vitesse grand V). Je me souviens avoir assisté à l’inauguration du lycée Léonard de Vinci où l’invité d’honneur était Charles Pasqua. Je me souviens de l’installation des caméras. Je me souviens de soirées organisées par la mairie où les invités valsaient en grande pompe entre champagne et foie gras (bien sûr Sarkozy et autres Schuller étaient toujours de la partie). Je me souviens du magazine mensuel Levallois Information en papier glacé. Je me souviens des colonies de vacances à prix extrêmement réduit pour les enfants des parents amis de Balkany. Je me souviens de la condamnation de Balkany…

Puis plus rien.
Plus de travaux, plus de Levallois Information en papier glacé, plus de soirées fastueuses, plus de colos à l’autre bout du monde pour le prix d’un week end à Trifouillis-les-chaussettes.
Olivier de Chazeaux avait repris les
rennes de la mairie et tentait tant bien que mal de redresser cette ville endettée. Ah ça, ça n’a pas plu aux habitants. Les retraités n’avaient plus leurs paniers gourmands de fin d’année (comprenant cabas à provision, parapluie et autres objets publicitaires de la ville de Levallois)! C’était comme si tout à coup il ne se passait plus rien! Ben oui évidemment, l’argent y’en a pas! Et c’est le vôtre en plus qui a été dilapidé de manière ostentatoire…

Puis Balkany est revenu! Hourrah, des promesses de chantier et d’amélioration de la ville (à quel prix, on s’en fout, c’est les apparences qui comptent, vive Balkany! vive Sarkozy! vive Schuller! Neuilly a toujours fait rêver Levallois et Clichy, et pour cause!). Les petits vieux se promènent avec leurs cabas et leurs parapluies Levallois tout neufs, ils sont contents!

Donc Balkany était de retour. Je ne pense pas qu’il ait eu besoin de recourir à des élections frauduleuses… Les gens sont tellement naïfs qu’ils ont certainement cru au retour bénéfique de leur cher Maire-escroc.
Depuis sa réélection, c’est vraiment bizarre, Levallois est de nouveau en chantier! Les immeubles charmants et historiques, les petits troquets, enfin tout ce qui prend de la place et qui a l’air trop vieux, allez hop! on rase. Cette fois on va construire un grand centre commercial (et faire fuir par la même occasion les populations indésirables) et tout plein d’immeubles d’habitation (pas de hlm, bien sûr, y’en a déjà bien assez). Par contre on va éviter de donner le monopole à Kaufman et Broad (déjà fait il y a plus de dix ans, c’était un peu abusé).

Les gens adorent se pavaner et exhiber leurs signes extérieurs de richesse, quitte à s’endetter et à obtenir frauduleusement une reconnaissance sociale ou politique. Après on s’étonne que des gens comme Balkany ou Sarkozy soient élus??” Bienne

Photo: le château des Balkany à Levallois (plus connu sous le nom de l’hôtel de ville). Crédits: WIkipedia Commons

Les crises ont ceci de salutaire qu’elles poussent au changement
23/06/2009

Le PS est en crise, en crise profonde. Plus personne ne le nie. Tout le monde le sait. Voilà, c’est dit, c’est un fait. Sur une note plus optimiste, on dit souvent qu’il faut toucher le fond de la piscine pour pouvoir donner un bon coup de pied et ainsi remonter à la surface. J’espère qu’on en est là.

Suite à la défaite des européennes, tous les leaders socialistes sont montés au créneau, chacun y allant de son explication de la défaite et de ses idées quant à la manière de s’en sortir. Bien sûr, ce sont toutes des analyses différentes, et on n’entend pas de voix commune. C’est bien tout le problème. Certains pensent que le parti devrait être plus à gauche, d’autres prônent le rapprochement au centre. Certains appellent au rassemblement de toute la gauche, d’autres souhaitent que le parti réaffirme son identité propre. Enfin, certains pensent même que le parti doit changer de nom, quand d’autres, plus extrêmes encore, pensent qu’il est mort et qu’il doit se dissoudre. Bref, on n’est pas sortis de l’auberge.

Parmi cette cacophonie d’idées, une est particulièrement populaire en ce moment, et crée de plus en plus d’intérêt parmi les militants. Il s’agit de l’idée d’organiser des primaires à l’américaine pour sélectionner le candidat de la gauche à l’élection présidentielle. L’idée a l’avantage d’être nouvelle, innovatrice et de surfer sur la vague Obama. Un rapport très intéressant à ce sujet a été produit par un groupe de réflexion sur la rénovation du PS. J’y reviendrai. L’idée est certes séduisante et mérite un grand intérêt mais il ne faudrait pas que ce soit l’arbre qui cache la forêt. Il ne faudrait pas que nous jetions toute notre énergie dans ce nouveau projet, sous peine de passer à nouveau à côté de l’essentiel. Oui, le PS est en crise et ce nouveau gadget électoral – aussi intéressant soit-il – ne saurait régler les problèmes de fond dont souffre notre mouvement. Ne nous précipitons pas. Nos défaites sont le résultat d’une déconnexion de notre parti et de son électorat. Notre parti n’a pas su renouveler son identité face aux évolutions de la société. C’est à cela qu’il faut travailler.

Pour les militants, la situation actuelle est très difficile à vivre. Le moral en a pris un coup, c’est évident. Nous sommes sonnés. Mais quelque chose me dit que nous ne sommes pas loin de ce moment où lorsque l’on touche le fond, on donne un bon coup de talon et on remonte lentement mais sûrement à la surface. Ce qui me donne cette intuition, c’est justement que plus personne ne conteste le fait que notre parti est en crise et que nous ne pouvons plus tergiverser. Il faut se renouveler ou disparaître. L’avantage de ce genre de moment, c’est que tout est permis. Les langues se délient, les volontés se multiplient, les débats aussi. On remet tout sur la table, on oublie les préjugés, on délaisse les vieilles recettes, et on s’ouvre à toute idée nouvelle. Alors, à ce moment-là oui, tout est possible. Les temps qui viennent s’annoncent passionnants.

crédits photo : jayhem @ flickr

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