La nomination de Catherine Ashton en tant que haute représentante pour la politique étrangère de l’UE en a surpris plus d’un. J’entends ici et là ce qu’on entend toujours lorsqu’une femme obtient un poste de haut niveau, qu’elle soit compétente ou pas : « Ashton a été nommée uniquement parce que c’est une femme. Elle n’a pas les compétences nécessaires pour ce poste ». A mon avis, ces deux accusations sont fausses.
Lady Ashton n’a pas été nommée uniquement parce que c’est femme.
Dans une colonne publiée dans le Taurillon, Fabien Cazenave dit que Catherine Ashton a été choisie d’abord parce que c’est une femme et ensuite parce que les Britanniques n’ayant pas réussi à imposer Tony Blair au poste de Président du Conseil européen, on leur aurait donné en “lot de consolation” le poste de haut représentant. Je ne suis pas d’accord avec cette analyse. Ashton a été nommée parce que :
- premièrement, il était convenu que le poste irait à une personne issue de la famille du PSE ;
- deuxièmement, il était entendu que le haut représentant aurait plus d’impact sur la scène internationale s’il venait d’un grand pays.
Parmi les quatre plus grands pays européens, seul le Royaume-Uni est gouverné par le centre-gauche. Il était donc logique que le haut représentant vienne de là. David Miliband, le ministre britannique des Affaires étrangères, était un candidat idéal, d’autant plus qu’il est plus jeune que la plupart des politiciens de premier ordre, mais il ne voulait pas du poste. Ensuite, Lady Ashton travaille déjà à Bruxelles en tant que commissaire européenne pour le Commerce. Enfin, oui, effectivement, c’est une femme de sexe féminin. Mais à mon sens, ce dernier aspect n’est pas celui qui a eu le plus d’importance dans sa nomination.
Lady Ashton a toutes les compétences nécessaires pour le poste.
Elle a occupé depuis dix ans de nombreuses fonctions gouvernementales et parlementaires en tant que secrétaire d’Etat, leader de la Chambre des Lords et Lord-présidente du Conseil. En plus de cette expérience nationale, elle est commissaire européenne pour le Commerce depuis un an, position qui implique notamment la négociation d’accords de commerce internationaux au nom de l’UE. Sur la scène nationale, je n’ai jamais vu d’homme nommé ministre se faire critiquer pour son manque d’expérience ou de compétence dans le domaine du portefeuille qu’on lui attribuait. Que cela plaise ou non, force est de constater que les positions de pouvoir ne sont pas attribuées en fonction de critères de compétence mais en fonction de critères politiques. Pourquoi cela serait-il différent pour l’UE ?
Les accusations injustes qui ont été proférées contre Lady Ashton m’ont rappelé une affaire qui m’avait marquée lorsque j’étais encore petite fille : la nomination d’Edith Cresson en tant que Premier ministre français en 1991 (on n’a jamais féminisé l’appellation, étonnamment). Elle a été la première femme -et la seule jusqu’à maintenant- à être nommée à ce poste en France. Sa nomination par Mitterrand avait été considérée comme courageuse –pour ne pas dire osée. Les attaques dont elle a été victime étaient complètement démesurées. Même si je n’étais encore qu’une enfant, j’ai compris que la violence des critiques qui lui étaient faites, était en bonne partie due au fait que c’était une femme. C’était il y a 18 ans. Je n’ai pas l’impression que nous ayons fait beaucoup de progrès depuis quant à l’acceptation des femmes à des postes de pouvoir. Alors, de grâce, donnez à Lady Ashton une chance. Laissez-la montrer de quoi elle est capable. Vous pourriez bien être surpris(es).
MISE A JOUR : Fabien Cazenave a répondu à cet article. Il trouve que je l’ai accusé injustement de machisme. Ce n’était pas mon intention, puisque je le mets dans la première catégorie, celle des gens qui disent qu’Ahton a été choisie d’abord parce que c’est une femme. Mais il est vrai que le titre de mon article engendre un certain amalgame. Je m’en excuse donc. La réponse de Fabien est à lire ici.